Entraînement pour le DS du 7 octobre 2008, classe de première S2.
Devoir surveillé du lundi 29 septembre 2008. Première ES2 (34). M. Oger.
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Objet d’étude : argumenter, la fable.
Corpus : trois fables de Jean de la Fontaine.
« La Laitière et le pot au lait »
« Le Curé et le Mort »
« Les obsèques de la Lionne »
I Question de synthèse (4 points, 2 pages maxi, surtout pas plus d’une heure après la distribution du sujet).
Vous justifierez le choix de la réunion de ces textes en montrant leurs ressemblances et leurs différences.
II Travaux d’écriture (16 points, passage par le brouillon OBLIGATOIRE, merci de le laisser dans votre copie).
Vous ferez le commentaire composé du texte « Le Curé et le mort ».
OU
Sujet d’invention : Vous écrivez la lettre (de deux pages minimum) qui est la réponse à un lecteur de la revue « Littérature pour tous » qui soutient que l'apologue, sous ses diverses formes
(fables, paraboles, conte philosophique ou non, etc.) relève d'un genre mineur qui ne serait destiné qu'aux enfants ou a un public populaire. Vous produisez donc un éloge argumenté qui intègre et
réfute les arguments du détracteur de l’apologue. (J’ai écrit le sujet en gras, pour qu’il n’y ait pas d’erreur…).
Évidemment (?), la qualité de la langue sera bonne. Vous aurez veillé à éliminer de votre copie les fautes d’orthographe.
Texte n°1 : « La Laitière et le Pot au lait ».
« La laitière et le Pot au lait » appartient au livre VII des Fables, livre avec lequel La Fontaine inaugure en 1678 un second recueil, dédicacé à Madame de Montespan . Cette fable est inspirée
d’une nouvelle de Bonaventure des Périers, « Comparaison des alchimistes à la bonne femme qui portait une couvée de lait au marché ». L’animal n’est plus ici le personnage central du récit ; le
fabuliste met en scène une jeune paysanne entreprenante qui se rend à la ville et rêve de s’enrichir. Mais la réalité vient détruire l’illusion flatteuse du rêve.
Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue, elle allait à grands pas,
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple et souliers plats.
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait; en employant l'argent ;
Achetait un cent d'oeufs, faisait triple couvée :
La chose allait à bien par son soin diligent .
«Il m'est, disait-elle, facile
D'élever des poulets autour de ma maison;
Le Renard sera bien habile
S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ;
Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable:
J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon.
Et qui m'empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?"
Perrette, là-dessus, saute aussi, transportée:
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée.
La dame de ces biens, quittant d'un oeil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s'excuser à son mari,
En grand danger d'être battue.
Le récit en farce en fut fait;
On l'appela le pot au lait.
Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole , Pyrrhus , la laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous.
Chacun songe en veillant; il n'est rien de plus doux:
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ;
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais aux plus braves un défi ;
Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m'élit roi, mon peuple m'aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant:
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même,
Je suis gros Jean comme devant .
Jean de la Fontaine, Fables, VII, 9.
Texte n°2 : « Le Curé et le Mort ».
« Le Curé et le Mort » forme un diptyque avec « La Laitière et le pot au lait ». La source en est cette fois une anecdote réelle rapportée par Madame de Sévigné dans sa lettre du 26 févier 1672 :
« M. de Boufflers a tué un homme après sa mort. Il était en bière dans son carrosse : on le menait à une lieue de Boufflers pour l’enterrer ; son curé était avec le corps. On verse ; la
bière coupe le cou au pauvre curé ». De ce bref récit qui tient du fait divers avant la lettre, La Fontaine tire une fable empreinte d’humour noir qui offre en un raccourci saisissant une image
de la condition humaine.
Un mort s'en allait tristement
S'emparer de son dernier gîte ;
Un curé s'en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt était en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté,
Et vêtu d'une robe, hélas! qu'on nomme bière ,
Robe d'hiver, robe d'été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le Pasteur était à côté,
Et récitait, à l'ordinaire,
Maintes dévotes oraisons ,
Et des psaumes et des leçons ,
Et des versets6 et des répons6:
«Monsieur le Mort, laissez-nous faire,
On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s'agit que du salaire.»
Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort,
Comme si l'on eût dû lui ravir ce trésor,
Et des regards semblait lui dire:
« Monsieur le Mort, j'aurai de vous
Tant en argent et tant en cire,
Et tant en autres menus coûts.»
Il fondait là-dessus l'achat d'une feuillette
Du meilleur vin des environs;
Certaine nièce assez propette
Et sa chambrière Pâquette
Devaient avoir des cotillons .
Sur cette agréable pensée,
Un heurt survient: adieu le char .
Voilà Messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée :
Le paroissien en plomb entraîne son pasteur ;
Notre curé suit son seigneur
Tous deux s'en vont de compagnie.
Proprement toute notre vie
Est le curé Chouart qui sur son mort comptait,
Et la fable du Pot au Lait.
Jean de la Fontaine, Fables, VII, 11.
Texte n°3 : « Les Obsèques de la Lionne ».
« Les Obsèques de la Lionne » appartient au second recueil des Fables paru en 1678 et 1679 et est inspirée d’une fable de l’Italien Abstémius. Elle est nourrie des observations que La Fontaine a
pu faire de la Cour lorsqu’il était chez ses protecteurs, Fouquet et la duchesse d’Orléans.
Les Obsèques de la Lionne.
La femme du lion mourut ;
Aussitôt chacun accourut
Pour s'acquitter envers le prince
De certains compliments de consolation
Qui sont surcroît d'affliction .
Il fit avertir sa province
Que les obsèques se feraient
Un tel jour, en tel lieu, ses prévôts y seraient
Pour régler la cérémonie,
Et pour placer la compagnie.
Jugez si chacun s'y trouva.
Le prince aux cris s'abandonna,
Et tout son antre en résonna:
Les lions n'ont point d'autre temple.
On entendit, à son exemple,
Rugir en leurs patois messieurs les courtisans.
Je définis la cour un pays où les gens,
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu'il plaît au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être,
Tâchent au moins de le parêtre :
Peuple caméléon, peuple singe du maître ;
On dirait qu'un esprit anime mille corps :
C'est bien là que les gens sont de simples ressorts .
Pour revenir à notre affaire,
Le cerf ne pleura point. Comment eût-il pu faire ?
Cette mort le vengeait : la reine avait jadis
Etranglé sa femme et son fils.
Bref, il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire,
Et soutint qu'il l'avait vu rire.
La colère du roi, comme dit Salomon ,
Est terrible, et surtout celle du roi lion ;
Mais ce cerf n'avait pas accoutumé de lire.
Le monarque lui dit : "Chétif hôte des bois,
Tu ris ! tu ne suis pas ces gémissantes voix.
Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes
Nos sacrés ongles : venez, loups,
Vengez la reine, immolez tous
Ce traître à ses augustes mânes ."
Le cerf reprit alors :« Sire, le temps de pleurs
Est passé; la douleur est ici superflue.
Votre digne moitié, couchée entre des fleurs,
Tout près d'ici m'est apparue ;
Et je l'ai d'abord reconnue.
« Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi,
« Quand je vais chez les dieux, ne t'oblige à des larmes.
« Aux Champs Elysiens j'ai goûté mille charmes,
« Conversant avec ceux qui sont saints comme moi.
« Laisse agir quelque temps le désespoir du roi:
« J'y prends plaisir.» A peine on eut ouï la chose,
Qu'on se mit à crier : " Miracle, Apothéose !"
Le cerf eut un présent , bien loin d'être puni.
Amusez les rois par des songes ;
Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges :
Quelque indignation dont leur coeur soit rempli,
Ils goberont l'appât ; vous serez leur ami.