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Voici le plan détaillé d'une dissertation portant sur les fonctions de l'utopie et de la contre utopie. La plupart des références sont connues de vous, pour celles qui ne le sont pas, vous les trouverez dans votre manuel de littérature. Vous pouvez ajouter : Rabelais, Bradbury.
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MORE, Utopia |
VOLTAIRE, Candide |
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SWIFT, Voyages de Gulliver |
MONTESQUIEU, Lettres persanes |
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MARIVAUX, L’Ile des esclaves |
HUXLEY, Le Meilleur des mondes |
Sujet :
En vous référant aux textes proposés, mais sans vous limiter à ceux-ci, vous direz quelle est, selon vous, la fonction principale de l’utopie : faire rêver ou faire réfléchir.
Plan détaillé :
· Un univers dépaysant (utopie < ou-topos = pays de nulle part):
- éloignement et isolement géographiques ( mondes clos de l’Eldorado et des Houyhnhnms, paradis des îles)
- monde sans repère géographique (société mythique des Troglodytes
- société futuriste de l’univers de la science-fiction ( celle du Meilleur des mondes ne fait pas rêver, mais fait voyager dans le temps)
· Un monde parfait ( utopie < eu-topos=pays où tout est bien)
- Lieu féerique (cf. description hyperbolique de la cité de l’Eldorado où tout n’est que « luxe, calme et volupté », beauté, grâce et harmonie.
- Peuplé d’êtres vertueux, doués de toutes les qualités morales, intellectuelles et sociales ( société idéalisée des Utopiens, desTroglodytes, des Houyhnhnms où règnent la simplicité, l’amour et le respect d’autrui, la solidarité, la raison…)
Tr. Cependant, le rêve peut se révéler inquiétant comme dans Le Meilleur des mondes (antiphrase ironique) à la contre-utopie vient mettre à mal l’idée que l’utopie aurait pour fonction principale de faire rêver.
· Le procédé du « monde à l’envers » conduit à reconsidérer le monde réel : Le monde « rêvé » présente de nombreuses références au monde de la réalité et renvoie aux grandes questions humaines du bonheur, de l’organisation sociale, de la justice, de l’individuel et du collectif : le lecteur n’est pas détourné de la réalité, il y est renvoyé
- les pouvoirs de la raison chez les Houyhnhnm
- l’inversion des conditions sociales sur l’île des esclave
- le mépris des richesses chez les Utopiens et les habitants de l’Eldorado…font apparaître en creux les failles et les travers des sociétés réelles déchirées par des querelles inutiles et corrompues par de fausses valeurs. (utopie => satire sociale)
N.B Les mots « réfléchir » et « réflexion » peuvent alors être pris dans leur sens propre : l’utopie joue le rôle de miroir.
· Le lecteur est invité à tirer les leçons du récit à la lumière de sa propre expérience, c.à.d invité à corriger les imperfections du monde dans lequel il vit :
- les deux familles de Troglodytes, qui seules ont survécu en raison de leur vertu, après la disparition de leur peuple, prouve qu’il est possible d’améliorer une société, de perfectionner l’ordre existant.
- La « leçon d’humanité » sur l’île des esclaves ne vise pas à renverser l’ordre établi, mais à assurer le bonheur des maîtres et de leurs serviteurs en établissant entre eux un nouveau contrat de confiance, basé sur le respect mutuel.
Tr. Les utopies s’inscrivent dans un contexte de réflexion philosophique, scientifique, morale et elles fleurissent à des époques où les résistances aux idées nouvelles sont les plus fortes. Elles font réfléchir en même temps qu’elles font rêver. Mais allons plus loin dans la réflexion : le rêve n’est-il un stimulant indispensable à l’éveil de l’esprit critique, voire le ferment de l’action ?
3. L’utopie est un apologue : elle en a la forme et la fonction.
· Elle utilise le discours allégorique (comme la fable ou le conte) et non didactique : c’est une argumentation indirecte, un plaidoyer implicite pour un monde meilleur prononcé par des personnages fictifs et symboliques, à la fois proches et différents des lecteurs
- des animaux fabuleux au nom extravagant comme les chevaux qui composent le peuple des Houymnhmns, des chevaux certes, mais des créatures douées de raison et de parole
- des humains qui vivent heureux dans des sociétés de rêve, mais pas si éloignées, à la réflexion, de celle des lecteurs.
Habilement, l’auteur fait en sorte que le lecteur, grâce à la fantaisie qui caractérise son récit, s’intéresse au modèle de société qui lui est proposé sans avoir le sentiment d’être directement mis en accusation, tout comme il se joue de la censure en donnant à une réflexion sérieuse un aspect badin.( celui d’un roman d’aventures ou d’un conte par ex.)
· Le rêve établit la distance nécessaire à la critique : il oblige le lecteur qui se laisse aller dans un monde imaginaire à oublier temporairement les idées toutes faites et les certitudes qui régissent ses habitudes de vie et de pensée… et la leçon peut entrer dans son esprit, car son esprit est alors plus apte à la recevoir, plus ouvert, plus disponible. Le lecteur pourra avoir une part active dans l’interprétation du sens, une fois dépassée l’étape du dépaysement.
· Enfin le plaisir même de la lecture, dû au talent d’un conteur qui non seulement crée un monde merveilleux, mais entraîne le lecteur dans des aventures extraordinaires et l’amuse par des traits d’humour ou d’ironie, contribue aussi à faire passer plus aisément la leçon. (ex. le vol des moutons rouges, grande démonstration de technicité et la caricature du protocole à la cour de France, signe d’une réforme à opérer, dans l’épisode de l’Eldorado).